Étude sur l’hydrogène aux TNO
Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO) a commandé une étude visant à évaluer dans quelle mesure il était possible de recourir à l’hydrogène comme source d’énergie aux Territoires du Nord-Ouest (TNO).
Objectif
Dans le cadre de sa Stratégie énergétique 2030, le GTNO entend réduire les émissions des gaz à effet de serre (GES) du territoire de 30 % par rapport aux nivaux de 2005 d’ici 2030, et il s’est engagé, en 2024, à atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Dans la Stratégie, on identifie l’hydrogène comme une source d’énergie propre émergente qui pourrait jouer un rôle à l’avenir dans la production d’énergie et de chauffage, ainsi que dans le transport, ce qui permettrait de réduire la consommation de combustibles fossiles et les émissions de GES.
L’étude commandée a tenu compte les particularités des TNO, notamment le climat froid et la faible densité démographique au sein des collectivités, l’exploitation des routes d’hiver et le transport par barges. L’étude visait les trois objectifs suivants :
- Analyser si les TNO peuvent réaliser plus rapidement leurs objectifs climatiques fixés pour 2030 et 2050 en recourant à l’hydrogène.à
- Déterminer la faisabilité, sur le plan techno-économique, d’une chaîne d’approvisionnement en hydrogène aux TNO.
- Établir la façon dont les TNO pourraient mettre sur pied un secteur de l’hydrogène, si l’argument commercial était suffisamment fort.
Principales constatations
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Le processus de conversion nécessaire à la production d’hydrogène requiert de l’énergie. Cela peut se faire par différents procédés, notamment par électrolyse (conversion de l’eau en hydrogène à l’aide d’un courant électrique), par reformage du méthane à la vapeur (production à partir de gaz naturel) ou par reformage autothermique (conversion du gaz naturel pour produire de l’hydrogène et du carbone à l’état solide). Or, les TNO ont besoin d’avoir accès à une électricité à bas coût et à des infrastructures de grande envergure pour produire un hydrogène qui coûterait moins cher que le diesel classique.
- Les principaux obstacles à la mise en place d’une production d’hydrogène dans le Nord sont :
- Le froid extrême (en dessous de -40 °C);
- Le nombre limité d’heures de clarté et le caractère saisonnier des vents;
- L’instabilité des sols, causée par le dégel du pergélisol (en raison du changement climatique);
- L’isolement géographique et les contraintes logistiques;
- Les infrastructures électriques limitées et présentes dans seulement certains endroits.
Bien qu’il existe des solutions techniques à ces obstacles, elles nécessitent des investissements gigantesques sur plusieurs années.
- Aux TNO, des projets de production d’énergie renouvelable à grande échelle, comme l’éolien ou le solaire, pourraient permettre de produire de l’hydrogène pour moins cher que le diesel classique (c’est-à-dire un coût d’environ 0,11 $ par kilowattheure), mais la capacité de production d’énergie à partir de ces sources renouvelables doit d’abord être améliorée. La faisabilité de ces projets varie en outre en fonction de la région des TNO, et les scénarios diffèrent d’une collectivité à l’autre.
- En Alberta, on développe actuellement la production d'hydrogène et d'ammoniac (NH3) à une échelle considérablement plus grande, ce qui se traduit par des coûts plus bas que ce qui pourrait se faire aux TNO. Les TNO pourraient tirer parti de la croissance prévue de la production d'hydrogène à faible teneur en carbone en Alberta en s'y approvisionnant, tout en bénéficiant des avantages économiques d'une production à grande échelle.
- Il serait particulièrement difficile de mettre sur pied une production d’hydrogène et de dérivés d’hydrogène à grande échelle permettant de soutenir les exportations de gaz naturel depuis la région de Beaufort-Delta, car il faudrait aménager un port et des installations de traitement complexes adaptés au milieu arctique.
- Les exportations d’hydrogène vers le Sud ne sont pas viables non plus, car les coûts de l’énergie primaire et des installations de traitement sont moins élevés dans le Sud.
- L’hydrogène et l’ammoniac pourraient améliorer la sécurité énergétique, grâce à la production décentralisée et à la capacité de stockage.
Recommandations
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L’étude recommande d'envisager la réalisation de futurs projets pilotes dans les domaines du transport et du chauffage, car ils permettront d’acquérir une expérience et des informations précieuses et de se préparer à la mise en œuvre de projets plus importants lorsque les technologies auront évolué.
- Il convient de continuer à intégrer les résultats tirés de cette étude et des études à venir lors de l’élaboration des politiques énergétiques, afin de soutenir la gouvernance énergétique dans le Nord. Voici quelques mesures qu’il est possible de prendre à cet égard :
- Continuer à tirer parti du Programme d’infrastructure Investir dans le Canada pour porter des projets infrastructurels en lien avec la production d’hydrogène aux TNO;
- Évaluer l’application du Règlement sur les combustibles propres du Canada afin de favoriser un système de plafonnement et d’échange capable de réduire le recours aux combustibles à haute teneur carbone et de soutenir les projets de décarbonisation;
- Échanger avec les partenaires et les parties prenantes pour cerner les possibilités favorables à la production d’hydrogène dans le Nord, s’il devient possible d’appliquer les moyens technologiques aux besoins des collectivités ténoises de façon économiquement viable.
Perspective du GTNO
Le projet pilote recommandé dépend d’une technologie qui n’est pas encore disponible sur le marché. Par conséquent, l'orientation à prendre pour mener à bien la mise en œuvre à court terme d'un projet pilote utilisant l'hydrogène aux TNO, capable de rivaliser avec d’autres projets de production d’énergie de rechange ne semble pas évidente pour le moment. Le GTNO restera à l’affût de l’évolution à l’international des technologies à base d’hydrogène et recherchera de nouvelles occasions d’utiliser l’hydrogène de manière à optimiser directement le rendement énergétique plutôt que d'utiliser l'énergie renouvelable supplémentaire pour produire et utiliser de l'hydrogène propre.
Lisez l’étude intégrale ici (en anglais).

